Les oubliés et les invisibles

À chaque rentrée, certains personnels sont au premier plan. D’autres, tout aussi indispensables au fonctionnement de l’Éducation nationale, restent dans l’ombre. Personnels administratifs, ITRF, personnels de laboratoire, AESH, AED : Action & Démocratie/CFE-CGC a choisi de consacrer son éditorial de rentrée à ces « oubliés » et ces « invisibles » sans lesquels l’École ne pourrait tout simplement pas fonctionner.

La rentrée n’a pas encore eu lieu pour les élèves et, pour beaucoup d’entre nous, elle semble encore à venir même si l’on s’y prépare déjà. Pourtant, dans les établissements, les services académiques et à l’administration centrale, elle a déjà commencé. À La Réunion, elle a eu lieu le 17 août. Et depuis le 24 août, les personnels administratifs sont à pied d’œuvre dans les établissements aux côtés des personnels de direction, quand certains de leurs collègues des rectorats ou de l’administration centrale n’ont parfois jamais véritablement connu d’interruption.

On parle beaucoup à chaque rentrée, et c’est bien normal, des professeurs qui retrouvent leurs classes et des élèves qui reprennent le chemin de l’école, des chefs d’établissement qui les accueillent. Beaucoup moins de celles et ceux sans lesquels rien ou presque ne pourrait fonctionner. Une secrétaire générale nous écrivait il y a quelques mois qu’elle avait parfois le sentiment d’appartenir aux « invisibles » de l’Éducation nationale. Le mot nous est resté.

Qui connaît vraiment le travail accompli par tous les « oubliés » des communications syndicales et ministérielles ? Qui mesure ce que représente, au quotidien, l’accueil des familles, le suivi des dossiers des personnels et des élèves, les inscriptions, les affectations, les examens, les emplois du temps, les commandes, les urgences administratives et toutes ces tâches dont on ne remarque l’existence que lorsqu’elles ne sont plus assurées ? Lorsqu’un principal, un proviseur ou un adjoint quitte un établissement et qu’un autre arrive, ce sont très souvent les adjoints gestionnaires, devenus secrétaires généraux, et les secrétaires de direction qui en constituent la mémoire et assurent la continuité de son fonctionnement.

C’est l’un des nombreux paradoxes de notre institution : elle repose sur le travail quotidien de personnels dont elle ne mesure l’importance que lorsque quelque chose ne fonctionne plus. Tant que les dossiers sont traités, que les élèves sont accompagnés, que les tensions sont contenues et que les établissements continuent de fonctionner, ce travail demeure largement invisible. Il suffit que, pour une raison ou une autre, il ne soit plus accompli pour que chacun découvre à quel point il était indispensable.

C’est vrai des personnels administratifs. C’est vrai aussi des personnels de laboratoire et, plus largement, des ITRF dont le travail reste trop souvent dans l’ombre. C’est vrai également des AESH et des AED. Et c’est précisément parce que l’Éducation nationale ne peut fonctionner sans eux qu’ils ne doivent plus être les oubliés de la reconnaissance, des rémunérations et des perspectives de carrière.

Les AESH en savent quelque chose. À quelques mois des élections professionnelles, leurs 140 000 voix suscitent soudain beaucoup d’intérêt auprès de certaines organisations syndicales. Les promesses fleurissent et les appels à la grève se succèdent. Chez Action & Démocratie, nous ne leur expliquerons pas qu’il suffirait de perdre encore une journée d’un salaire déjà dérisoire pour obtenir demain ce que les mobilisations de l’an dernier n’ont pas permis d’obtenir ! Les AESH ont assurément besoin d’une véritable reconnaissance professionnelle, d’un statut et d’une rémunération digne de leurs missions, de perspectives de carrière et d’un syndicat sérieux pour les porter.

Les AED sont eux aussi trop souvent absents du paysage syndical. Le temps où la fonction de surveillant était essentiellement conçue comme un emploi temporaire permettant à des étudiants de financer leurs études ne correspond plus à la réalité, la moyenne d’âge des AED en témoigne, à plus de 30 ans. Dans les collèges et les lycées, nos collègues AED exercent aujourd’hui un véritable métier. Ils connaissent les élèves, préviennent et désamorcent les conflits, participent quotidiennement à la vie éducative et sont devenus indispensables au fonctionnement des établissements. Cette réalité doit être reconnue, dans leurs conditions d’emploi comme dans leur rémunération et leurs perspectives professionnelles.

En cette rentrée, avant de parler aux enseignants qui sont au cœur des missions de l’École, nous voulions donc commencer par ceux que l’on oublie trop souvent. Non pour opposer les personnels entre eux, mais parce que l’École ne tient que par l’ensemble de celles et ceux qui la font vivre.

Pour Action & Démocratie, tous ont leur place au sein d’un même syndicat car nous sommes convaincus que cela permet de mieux défendre les intérêts communs à tous les personnels, quels que soient leur métier, leur corps ou leur statut, aussi bien que les intérêts propres à chacun.

À tous donc, personnels enseignants, administratifs, personnels de direction, d’éducation, sociaux, de santé et techniques, AESH, AED, Action & Démocratie souhaite une bonne rentrée et se tiendra à vos côtés et, comme toujours, de votre côté durant toute cette année scolaire 2026-2027.