Chacun doit prendre ses responsabilités

Action & Démocratie prend les siennes

Des enseignants et des personnels de direction agressés, parfois grièvement, devant leurs établissements : face à cette escalade, chacun doit prendre ses responsabilités. Action & Démocratie refuse d’appeler les personnels à la grève pour soutenir un mouvement lycéen au cours duquel ils sont eux-mêmes pris pour cible. Notre responsabilité est claire : défendre les personnels, leur sécurité, leurs conditions de travail et leur autorité.

Chère collègue, cher collègue,

Les événements qui se déroulent depuis plusieurs jours devant les lycées ont franchi un seuil qui interdit désormais toute complaisance et toute ambiguïté.

Dans notre seule académie, au lycée Victor-Hugo à Marseille, le proviseur, son adjoint, la secrétaire générale et un chef d’équipe ont été agressés lors des graves incidents survenus devant l’établissement. Ce vendredi matin, au lycée de la Méditerranée à La Ciotat, un professeur a été aspergé d’essence avant d’être frappé d’un coup de pied ; une autre enseignante a été violemment prise à partie.

Et notre académie est loin d’être la seule touchée. Des enseignants ont été frappés ou pris pour cible à Lille et Toulouse ; des proviseurs ont été agressés et blessés à Rouen, au Petit-Quevilly et à Ingré ; celui d’Auchel a été hospitalisé après avoir été atteint par un engin pyrotechnique ; celui du lycée Ambroise-Brugière à Clermont-Ferrand a été blessé à la tête par un tir de mortier.

Au total, 65 personnels de l’Éducation nationale, dont 40 proviseurs, ont déjà été blessés depuis le début de ce mouvement. Et nous ne cessons de recevoir les témoignages et demandes d’aide de collègues menacés de mort sur des boucles WhatsApp et autres réseaux !

Il faut bien mesurer ce que cela signifie.

Action & Démocratie n’est pas là pour commenter l’actualité et enfoncer les portes ouvertes. Nous ne sommes pas non plus là pour « condamner fermement », « déplorer fortement », encore moins « comprendre » ni a fortiori, contrairement à ce que font certains, « justifier » un « mouvement lycéen » par des circonlocutions destinées à préserver l’on ne sait quelle pureté ou légitimité de certaines revendications.

Nous sommes un syndicat des personnels, pas un syndicat des élèves !

Et nous prenons nos responsabilités.

Action & Démocratie ne s’associera donc pas au mouvement de grève annoncé le 6 octobre par plusieurs organisations syndicales en soutien à la mobilisation lycéenne. 

Dans les circonstances actuelles, nous considérons même cet appel comme irresponsable.

Nous l’avons dit dès le début de ce mouvement : les lycéens ne sont pas une armée politique. Ils ne doivent servir ni de main d’œuvre ni de force d’appoint à des organisations politiques ou même syndicales qui trouveraient dans leur mobilisation le prolongement de leurs propres combats.

Cela ne signifie pas que toutes les revendications exprimées par des lycéens seraient illégitimes. Certaines rejoignent des constats que nous faisons depuis longtemps : classes surchargées, emplois du temps parfois aberrants, manque de personnels, bâtiments dégradés ou conditions matérielles indignes.

Action & Démocratie/Aix-Marseille n’a d’ailleurs pas attendu les blocages de 2026 pour dénoncer la vétusté de certains lycées. Nous l’avons fait notamment au sein du Conseil académique de l’Éducation nationale en montrant l’état des toilettes d’un établissement de la région quand celle-ci communiquait abondamment et de façon irréelle sur les ordinateurs distribués aux lycéens, qui sont par ailleurs loin d’avoir les meilleurs effets sur l’attention de ces derniers, soit dit en passant.

Mais nous savons aussi faire la différence entre une revendication légitime et une récupération. 

Certains syndicats de personnels semblent aujourd’hui ne plus vouloir s’embarrasser d’une telle distinction. Tout est mis pêle-mêle dans le même sac : effectifs des classes, vétusté des locaux, longueur des journées, Parcoursup, téléphone portable, « génocide » et autres considérations politiques diverses… Puis l’ensemble est déclaré « légitime » et les personnels sont appelés à se mettre en grève à leur tour pour soutenir le mouvement !

Ce n’est pas du tout notre conception du syndicalisme, ni notre conception de notre responsabilité envers les jeunes dont l’instruction nous est confiée.

Un syndicat de personnels doit d’abord représenter et défendre les personnels. Les lycéens ont leurs organisations représentatives ; les parents d’élèves ont les leurs. Les personnels doivent pouvoir compter sur des syndicats qui ne perdent jamais de vue ceux qu’ils ont pour mandat de défendre.

Et aujourd’hui, ce sont précisément des personnels qui sont agressés. Par des jeunes gens qui sont aussi des lycéens, quand bien même ils viendraient d’autres établissements que ceux devant lesquels ils commettent leurs actes.

On ne peut pas, d’un côté, déplorer les violences dont sont victimes les enseignants, les personnels de direction, les CPE, les AED ou les agents et, de l’autre, appeler ces mêmes personnels à se mettre en grève pour rejoindre et soutenir indistinctement un mouvement au cours duquel ces violences se produisent.

Nous continuerons à dénoncer les classes surchargées et dont l’hétérogénéité est devenue parfois ingérable. Nous continuerons à dénoncer les locaux vétustes, les conditions de travail dégradées et tout ce qui empêche les personnels d’exercer correctement leur métier. Nous soutiendrons les grèves décidées localement par les équipes sur le terrain pour obtenir ici les postes manquants, là s’opposer aux décisions aberrantes telles que les absences de sanctions quand des menaces graves ont été proférées envers les collègues. Notre priorité sera toujours de défendre les personnels, leur sécurité, leurs conditions de travail et leur autorité.

Après ce qui vient de se produire à La Ciotat et dans d’autres établissements, ce devrait être aujourd’hui la priorité de toutes les organisations syndicales censées les représenter.

Si vous partagez cette position et notre conception d’un syndicalisme qui ne confond pas la défense des personnels avec d’autres causes, aussi respectables soient-elles, vous pouvez le dire et le faire savoir en vous portant candidat sur les listes Action & Démocratie / CFE-CGC.

Quelques jours encore pour être candidat

Les élections professionnelles de décembre détermineront pour quatre ans les organisations habilitées à vous représenter dans les instances du « dialogue social ».

Candidater ne vous engage à aucune activité syndicale particulière, sauf bien sûr si vous souhaitez vous impliquer davantage. En revanche, votre candidature constitue une forme de soutien et peut devenir aussi une aide décisive pour nous permettre de compléter nos listes dans le respect des règles de la parité. Vous pouvez ainsi donner à des milliers de collègues de l’académie la possibilité de choisir un syndicalisme libre, exigeant et indépendant.

Il ne reste que quelques jours. 

Rejoignez les collègues qui nous ont déjà apporté leur soutien parce qu’ils en ont assez que la minorité bruyante occupe la scène au détriment de la majorité silencieuse.

Ensemble, ne restons plus cette majorité silencieuse !