CAEN – 9 février 2026

Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN)

Séance du 9 février 2026

Déclaration préalable Action & Démocratie

Monsieur le préfet,

Madame la vice-présidente,

Mesdames et messieurs,

Chers collègues,

Chacun ici a encore en mémoire ce qui s’est passé au collège La Guicharde de Sanary la semaine dernière.

Nos pensées vont d’abord en cet instant à notre collègue, poignardée à quatre reprises par un élève qui, selon ses dires, avait « la haine » contre sa professeure en raison de quelques mots de recadrage concernant son comportement laissés sur Pronote en vue de signaler à ses parents des manquements de leur enfant à ses obligations allant de l’oubli du matériel jusqu’à la tenue de propos irrespectueux envers l’enseignante.

Voilà ce qu’il en coûte aujourd’hui d’être une figure d’autorité et d’exercer celle-ci.

Voilà à quoi sont exposés désormais des enseignants lorsqu’ils font simplement leur travail d’éducateur consistant à rappeler les règles à des jeunes dont certains sont à ce point privés de repères qu’ils sont capables non seulement de souhaiter la mort de ceux qui les recadrent, mais aussi de passer à l’acte.

Non Mesdames et Messieurs, ce qui s’est passé à Sanary n’est pas un fait isolé d’autant plus sidérant que nul ne s’attendait à ce que le collège sans histoire d’une ville aux allures de carte postale soit le théâtre d’une telle violence.

Et pourtant, au cours de la même semaine, il y a eu à notre connaissance une soixantaine d’incidents graves pour la seule académie d’Aix-Marseille, dont plusieurs pour des faits d’agression ou de menace, y compris des menaces de mort.

Pendant combien de temps va-t-on faire l’autruche devant cette réalité ? Pendant combien de temps, sous prétexte d’empêcher la fameuse « récupération » de tel ou tel drame, allons-nous tourner la tête et faire semblant de regarder ailleurs ?

Notre organisation syndicale de l’éducation nationale, Action & Démocratie, reçoit chaque jour les témoignages des collègues du terrain concernant ce que l’administration désigne pudiquement comme une dégradation du « climat scolaire ». Certains de nos collègues disent aller travailler « la peur au ventre ». Cette situation est inacceptable. Il est temps de réagir si l’on ne veut pas laisser des marchands de sommeil en tirer profit ou seulement si l’on est un tant soit peu attaché aux principes républicains.

Notre première exigence est la transparence. Dans « service public de l’éducation », il y a le mot « public » : nous demandons par conséquent que les données relatives aux incidents graves soient régulièrement publiées, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas montrer du doigt tel et tel établissement bien entendu, mais aussi avec toute la précision et l’exhaustivité nécessaires pour que chacun puisse prendre la mesure de ce qui est devenu un phénomène de société et une tendance lourde. La publication régulière de ces données est d’autant plus indispensable que les notes d’information de la DEPP à ce sujet sont les seuls éléments rendus publics par le ministère et que la dernière, publiée en mai 2025, porte sur les données SIVIS de l’année scolaire 2023-2024, et ne fournit là encore qu’un aperçu de la situation, qui plus est particulièrement édulcoré.

Encore une fois, la transparence sur ces sujets, qui n’est certes pas dans les us et coutumes d’une institution réputée pour son amour du « pas de vague », n’est pas destinée à stigmatiser qui que ce soit mais à faire prendre conscience à chacun d’une réalité qui sera d’autant moins instrumentalisée ou fantasmée qu’elle sera documentée et objectivée.

La transparence est aussi un devoir, tant envers les usagers qu’envers les agents que nous représentons. Il nous est insupportable d’entendre, comme dans le cas du drame de Sanary, mais ce n’est pas la première fois, que l’agression dont a été victime tel ou tel collègue ne serait qu’un cas isolé qui s’expliquerait principalement par le profil de l’agresseur, ses carences éducatives ou ses troubles psychologiques. Même si nous ne nions pas le caractère particulier et complexe de chaque évènement, il est indéniable que leur fréquence et leur augmentation sont les signes d’une évolution délétère dont il faut d’urgence identifier les causes profondes. L’influence des réseaux sociaux et la destruction des facultés humaines élémentaires, dont l’empathie ou le sens du réel, sous l’effet d’une surexposition aux écrans, en font certainement partie.

Notre seconde exigence est la cohérence. Tout le monde, à droite comme à gauche, reconnaît désormais qu’il y a dans notre société une crise de l’autorité et qu’il faut rétablir ou restaurer celle-ci. On ne va pas lancer ce débat ici, mais une chose est sûre, et le drame de Sanary le montre cruellement : à force de prendre des précautions avec les jeunes pour leur faire accepter et comprendre les règles au lieu de les leur donner simplement, à force de ne pas oser interdire car l’interdit est perçu par certains esprits confus comme une violence qu’on inflige aux jeunes, à force de négocier la règle au lieu de la poser avec clarté, on est en train de priver toute une génération de repères et d’exposer ce faisant à la vindicte, à la haine et parfois à la mort tous les agents qui incarnent encore, de par leur fonction, l’autorité républicaine, les professeurs ayant rejoint les policiers au nombre des victimes potentielles de cette démission collective.

Oui, la jeunesse a besoin de repères tout comme un arbre a besoin d’un tuteur pour pousser à peu près droit. Et c’est pourquoi nous avons soutenu l’extension de l’interdiction du téléphone portable et de tout objet connecté au lycée. Nous sommes à cet égard préoccupés par votre refus, Madame la présidente, de voter pour le projet de loi portant cette mesure, refus exprimé au nom des présidents de conseils régionaux que vous représentiez au conseil supérieur de l’éducation le 7 janvier dernier, et motivé par le fait que les Régions n’auraient pas été associées à cette mesure, et notamment à son impact financier. Comme s’il fallait soumettre cette interdiction, qui est une mesure de bon sens autant que de santé publique, à la capacité des uns et des autres à la faire respecter, alors que ceci est clairement un autre sujet.

Finalement, une proposition de loi similaire a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale et nous avons bon espoir de la voir s’appliquer dès septembre 2026. Lors d’une table ronde réunissant les organisations syndicales autour du rapporteur de la proposition de loi, nous avons eu l’occasion de souligner l’immense pas en avant que représente le fait d’interdire par la loi ce qui, dans certains cas, ne l’était que timidement par le règlement intérieur, règlement intérieur dont on sait à quelles pressions locales sa rédaction peut être soumise. Il est en effet essentiel, pour ne pas dire vital, que ce soit la société tout entière qui, par le biais de la loi, assume la responsabilité de cette règle comme de toute autre. L’inscription dans la loi du principe de l’interdiction du téléphone portable conforte en outre l’autorité des personnels, c’est évident et nécessaire. Quant aux motifs de cette interdiction, il est inutile d’y revenir : nous constatons tous les effets catastrophiques de l’utilisation immodérée de ces objets addictifs sur les facultés cognitives, sur l’attention et sur les relations sociales. La loi permet cependant, et sagement, que des exceptions au principe de l’interdiction puissent figurer dans les règlements intérieurs, notamment en ce qui concerne les usages pédagogiques ou certains lieux. Tout cela va dans le bon sens. Nous ne pensons pas que le financement éventuel de pochettes destinées à faciliter le respect de la règle (règle qu’il est aussi possible, et même d’abord indispensable, d’expliquer afin qu’elle soit comprise et naturellement respectée) soit une charge insupportable pour les collectivités territoriales qui n’ont pas hésité pourtant à dépenser des millions pour équiper les établissements scolaires et doter les élèves en tablettes et autres écrans.

Mais puisqu’il est question dans la loi d’usages pédagogiques et que par ailleurs l’institution n’a de cesse d’encourager l’utilisation du téléphone portable (ne serait-ce qu’en imposant l’usage de Pronote), lequel téléphone est toutefois un bien privé et non un outil professionnel, nous aimerions là encore que les pouvoirs publics fassent preuve d’un minimum de cohérence. L’usage ponctuel du téléphone portable par les élèves ne relève pas toujours d’un choix pédagogique mais d’une contrainte liée au manque d’équipements informatiques fiables parfois aggravé par des défaillances, voire des pannes générales comme ce fut le cas dans les Hauts de France dernièrement. Dans des activités nécessitant des logiciels ou bases de données professionnelles (par exemple pour la maintenance automobile), le téléphone de l’élève devient alors une solution de substitution pour maintenir les apprentissages, et les professeurs y ont recours malgré les difficultés de contrôle que cette situation engendre. Cela ne remet évidemment pas en cause l’interdiction générale des portables, et justifie au contraire des dérogations pédagogiques strictement encadrées et temporaires. Celles-ci ne doivent toutefois pas pallier un manque d’équipement, sous peine de faire peser sur les personnels la responsabilité des carences matérielles et d’accroître les inégalités entre établissements. Une clarification des politiques publiques est donc nécessaire sur ce point : le développement du numérique scolaire ne peut être cohérent avec l’interdiction des téléphones que si l’institution fournit des outils adaptés afin que les dérogations restent exceptionnelles.

Pour finir, nous regrettons que ne figure toujours pas à l’ordre du jour de ce conseil académique de l’éducation nationale la question de la transition écologique et de sa prise en compte, notamment dans les politiques relatives au bâti scolaire. Nous nous réunissons en février, après deux mois particulièrement pluvieux qui, fort heureusement, n’ont pas entraîné dans notre région des conséquences comparables à ce qui se passe en ce moment en Espagne ou au Portugal. Les épisodes de canicules sont, en ce moment et pour chacun de nous, un lointain souvenir. Et pourtant, nous savons qu’ils vont se répéter et devenir plus fréquents et plus intenses. Quelle conséquence en est tirée jusqu’à présent ? Aucune, si ce n’est l’idée parfaitement saugrenue d’un Président de la République quasiment en fin de mandat et sans majorité parlementaire, d’allonger la durée de l’année scolaire et d’ouvrir des établissements non adaptés aux changements climatiques précisément pendant les périodes où se produisent généralement les épisodes de canicules…

Néanmoins, Mesdames et Messieurs, ne pensez-vous pas qu’il serait temps, ici aussi, de ne plus faire l’autruche et de se doter des moyens permettant de ne pas laisser à l’avenir trente-cinq élèves et leur professeur suffoquer dans des locaux où la température peut dépasser les 40 degrés en ayant l’impudence d’imaginer qu’ils puissent travailler plusieurs heures durant dans de telles conditions, que nul ici ne pourrait supporter ne serait-ce qu’une demi-heure ?

Une commission spécialisée du conseil supérieur de l’éducation, créée d’ailleurs à la demande des lycéens eux-mêmes, a procédé depuis un an à de nombreuses auditions, dont celles de deux directeurs régionaux de l’aménagement et de l’immobilier, et remettra bientôt son rapport, dont vous serez naturellement destinataire, Madame la Présidente, en tant que membre du conseil supérieur de l’éducation représentant les Régions. Il n’est cependant pas aberrant de penser que les conseils académiques de l’éducation nationale s’emparent eux aussi de ce sujet et y consacrent tout ou partie de leur travaux le temps d’une séance.

Tout comme il ne nous paraît pas inutile que le conseil académique s’intéresse enfin à la problématique de l’inclusion dont nous n’avons pas ici le temps de vous dire à quel point elle engendre, en dépit de petites et précieuses satisfactions, de fréquentes et grandes souffrances : nous nous contenterons pour finir cette déclaration de vous convier, afin d’en prendre toute la mesure, à parcourir notre livre noir de l’école inclusive et à lire les témoignages édifiants qu’il contient, dont celui de cette AESH de l’académie d’Aix-Marseille qui nous demande désespérée, quelques jours à peine après la rentrée, « que faire quand vous prenez une gifle par un enfant et qu’un autre élève de la classe vous mord les doigts » ?

René CHICHE
Vice-président Action & Démocratie/CFE-CGC

CAEN – 19 février 2024

Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN)

Séance du 19 février 2024

Déclaration préalable Action & Démocratie

Voici 2 ans, à 2 jours près, que la loi des 3 DS du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation et la déconcentration a été promulguée. Avez-vous un bilan de l’impact de l’application de cette loi ? Nous vous invitons à lire les PV des Conseils d’Administration des mois de décembre relatifs aux budgets pour constater à l’unanimité des personnels (de direction, des enseignants agents et même des agents comptables), leur amertume et leur découragement de l’application de cette loi pour les établissements faisant de réels efforts pour gérer au mieux leurs budgets de fonctionnements et se faire amputer de centaines de milliers d’euros qui ne leur laisse plus qu’un fond de réserve bien minimal.

 Depuis moins de 2 ans, nous assistons à un impressionnant turn-over au poste de Ministre de l’Education Nationale, Madame Nicole Belloubet étant la 5ème Ministre depuis mai 2022. La nouvelle Ministre est enfin à la tête d’un seul Ministère puisque précédemment l’Education Nationale était devenue satellite du Ministère des Sports et des Jeux Olympiques.

Madame la Ministre avait, en 2012 lors de mise en place de la Refondation de l’Ecole sous une autre gouvernance, co-piloté le Groupe de travail sur la revalorisation salariale des personnels. Nous espérons que ce chantier soit toujours d’actualité, car le Pacte c’est juste Travailler plus pour Gagner plus en dégradant toujours plus les conditions de travail.

Quel est le bilan de ces Pactes signés au sein de l’Académie d’Aix-Marseille et Nice ?

 

Les promesses du précédent Ministre devenu Premier Ministre, était un enseignant devant chaque élève. Mais aussi bien dans le 1er degré que dans le 2nd degré, nous sommes loin du compte. Nombreuses démissions de collègues, qu’ils soient stagiaires, néo-titulaires mais aussi des collègues ayant quelques années d’expérience (9ème échelon et plus) montrent que le malaise grandit, y compris même du côté des personnels administratifs.

 Il ne suffit pas d’engager des personnels flexibles comme les contractuels qui sont non formés, mal considérés, mal payés et installés dans une situation de précarité, pour pallier la vacance de poste.

 

 « Choc des savoirs » Cri de désespoir ! La mise en œuvre du choc des savoirs au collège avec la mise place de groupe de niveau pour l’enseignement de mathématiques et de français en 6ème et en 5ème à moyen constant, va désorganiser le collège et dégrader les conditions de travail des élèves et des personnels.

Ce sont les inégalités qui vont s’aggraver.

 

La carte des formations prévoit un grand nombre de réduction de capacité (voire de fermeture) en section de BTS, de Mention Complémentaire, mais aussi en LP notamment en section tertiaire commercial (Métiers du commerce option A animation et gestion de l’espace commercial et aussi en CAP (voire fermeture) comme en accompagnement soins et services à la personne, agent de propreté et d’hygiène alors que des études démontrent que ces métiers sont en tension.

Réduire la carte des formations c’est aussi ralentir la baisse du taux de chômage au niveau régional.

De plus le cadre fixé pour l’élaboration de la prochaine carte des formations est destructeur car la priorité ne sera plus le choix du jeune sur son futur avenir professionnel mais celui de privilégier son employabilité dans le bassin d’emploi où il se trouve.

 Quid des formations dites « non-insérantes », des vœux des élèves non respectés, on va vers le décrochage scolaire.

 Quid du transfert de formations vers l’apprentissage mais aussi de l’augmentation des parcours mixés et de la mixité des publics, cette dernière étant hors statut des enseignants du 2nd degré.

 

 La énième réforme de l’Enseignement Professionnel incluant la réduction horaire de 14.5% et la transformation d’heure de cours en heure de projet (ex Chef d’Œuvre) et de diminution de la co-intervention, et celle de Monsieur le Président Macron et de Madame Grandjean réduisant les semaines de cours en augmentant les semaines de stage est une fois de plus dictée par la réduction de moyens et nous espérons que Madame la Ministre sera écouter les représentants des personnels.

 

La CFE-CGC est inquiète concernant les problématiques de l’inclusion scolaire, il manque toujours un nombre important de personnels AESH puisque certains enfants sont sans accompagnant.

Faute de formation et d’accompagnement les personnels enseignants sont démunis face à ces élèves et en souffrance dans des classes déjà surchargées. Il faudrait mettre en corrélation la création de postes d’AESH qui demandent à être réellement formés et mieux rémunérés.

 

La CFE-CGC est attachée à la protection de tous les agents dans l’exercice de leurs missions. Ils doivent aussi être respectés.

 

La CFE-CGC souhaite que tous les personnels puissent venir travailler en toute sérénité sans craindre pour leur sécurité et celle des élèves.

 

La CFE-CGC a à cœur la réussite de tous les jeunes de la Région qui sont confiés à l’Ecole de la République tout en restant des plus attentifs au bien-être au travail de tous les personnels œuvrant au sein de l’Education Nationale qui passe par des personnels respectés, en sécurité et revalorisés.

Action & Démocratie/CFE-CGC Nice

CAEN – 9 mars 2020

Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN)

Séance du 9 mars 2020

Déclaration préalable Action & Démocratie

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Préfet de la région Sud,

Monsieur le Recteur de la région académique,

Mesdames, messieurs,

Chers collègues,

Cette réunion des conseils académiques de l’éducation nationale se déroule dans un contexte particulier qui met cruellement en évidence certains dysfonctionnements majeurs de l’institution. Quelques établissements scolaires viennent d’être fermés sur votre décision pour une période de quatorze jours afin de freiner la propagation d’un virus dont l’arrivée sur le territoire était aussi prévisible qu’inévitable. Admettons que de telles mesures de précaution soient utiles, bien que la détection des personnes contaminées soit en réalité plus problématique qu’on ne le dit, au point que l’on peut se demander si des fermetures décidées au coup par coup sont vraiment efficaces, à l’échelle du territoire notamment.

Nous ne pouvons cependant nous empêcher d’évoquer ici la première victime française de ce virus, parce qu’il s’agissait d’un professeur. Ce collègue, hospitalisé dans l’Oise dans un premier temps, fut envoyé dans un état critique au service des urgences de La Pitié-Salpêtrière à Paris, où il est décédé le lendemain de son arrivée, dans la nuit du 25 au 26 février. Rappelons qu’il avait été mis en arrêt de travail le 12 février alors que les vacances scolaires dans son académie commençaient le lendemain ou surlendemain, c’est-à-dire le 14 février. Nous ne connaissons évidemment pas les causes précises de son décès ni la façon dont le virus a causé seul ou a seulement aggravé une pathologie existante. Et à vrai dire, peu importe. En tant que syndicat des personnels de l’éducation, nous ne pouvons nous empêcher de penser que ce professeur aurait peut-être pu guérir si le traitement idoine lui avait été appliqué plus tôt ; et pour cela, il eut peut-être fallu également qu’il consulte un médecin à temps. Le fait –  car cela est un fait indéniable –  que l’arrêt de travail date du 12 février alors que les vacances scolaires débutaient le lendemain, ce fait nous interroge. L’état de notre collègue était-il alors déjà si grave qu’il n’était plus en mesure d’attendre un jour de plus pour s’arrêter, un seul jour qui lui permettait de ne pas se voir appliquer par exemple le jour de carence ? Nous ne le saurons jamais. Mais cela nous conduit à supposer – car nous ne pouvons faire en l’espèce hélas que des suppositions – que notre collègue n’a pas cru devoir ou n’a pas cru pouvoir s’arrêter avant, c’est-à-dire, rétrospectivement, à un moment où son état était moins grave et peut-être pas irrémédiable.


Il n’est pas question de spéculer davantage sur ce cas ni de l’instrumentaliser bien entendu. Néanmoins mesdames et messieurs, sachez que la plupart des personnels de l’éducation effectuent leur service même lorsqu’ils sont dans un état grippal avéré et avancé. Et savez-vous pourquoi ? Eh bien parce qu’ils ne sont pas absentéistes, comme cela a été établi par des services impartiaux faisant état de données qui montrent que le taux d’absentéisme dans l’éducation nationale est parmi les plus bas de la fonction publique. Or malgré cela, c’est soi-disant pour lutter contre l’absentéisme qu’on leur a imposé l’application d’une journée de carence en faisant fi des arguments de bon sens qui avaient conduit le gouvernement précédent à la supprimer. Cette mesure est en effet non seulement absurde et contreproductive, ce que chacun sait, mais les circonstances actuelles démontrent qu’elle est en outre irresponsable et potentiellement constitutive d’une mise en danger de la vie d’autrui. Les personnels de l’éducation, comme les soignants,  sont en effet constamment exposés aux virus, ainsi d’ailleurs qu’aux maladies bactériennes, qui circulent et prolifèrent dans les établissements scolaires. Ils n’ont cependant aucune médecine du travail digne de ce nom, ils ne bénéficient d’aucune mesure de prévention et, alors même qu’ils subissent déjà une amputation considérable de leur pouvoir d’achat depuis plusieurs décennies, une surcharge de travail engendrée par des réformes incessantes et contradictoires qui rendent le simple exercice du métier de plus en plus problématique, un stress quotidien accru et devenu insupportable à cause de l’indiscipline qui s’est installée dans les établissements, les voilà, par-dessus le marché, récompensés de leurs services en étant privés d’un trentième de leur traitement en cas de congé maladie alors que le métier les y expose en permanence. Comment ne pas considérer une telle mesure comme une simple brimade, et la cerise sur le gâteau indigeste de la maltraitance institutionnelle ? C’est pourquoi, mesdames et messieurs, parents d’élève et chers collègues, nous vous invitons à rejoindre les 31000 premiers signataires de la lettre rédigée par Action & Démocratie sur le sujet et dans laquelle nous demandons au gouvernement de supprimer cette mesure ou bien de moduler son application afin de veiller à la santé des personnels, qui sont la seule et véritable richesse de l’institution. L’épidémie actuelle et la nécessité enfin reconnue de limiter la contagion par des mesures de bon sens aurait alors l’avantage, en nous rendant plus attentifs aux conditions réelles de ce que nous faisons, de nous rendre plus sages ou du moins plus prudents.


Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine où l’action publique pourrait enfin redevenir un peu sérieuse au lieu de se borner à « communiquer » pour donner l’impression qu’on agit, comme c’est devenu si souvent le cas dans tous les domaines à tel point que les Français n’accordent plus aucune confiance aux autorités ni à leurs discours. Le Premier ministre, secondé par le ministre de l’éducation, a annoncé à grand renfort de clips publicitaires et autres tracts, que la meilleure façon de se prémunir contre l’épidémie et d’en freiner l’expansion consiste à bien se laver les mains ! On mettra alors des affiches conçues et reproduites à la hâte dans tous les établissements, comme on le fait pour la laïcité, le harcèlement, l’égalité entre les hommes et les femmes et presque tous les sujets. Alors, Mesdames et Messieurs, veuillez admirer l’état déplorable des toilettes d’un établissement scolaire, en l’occurrence ici un lycée, que la Région est pourtant censée avoir récemment rénové : en dehors d’un coup de peinture sur des portes dont la moitié ne ferment d’ailleurs pas à clef, les toilettes de cet établissement sont, comme le montre cette éloquente photographie, dans leur jus depuis leur construction. Pire : il n’y a qu’un minuscule réservoir de savon, pas toujours rempli d’ailleurs, pour tous les lavabos, soit douze robinets. Et aucun moyen de se sécher les mains. Nous vous faisons grâce des toilettes du personnel, qui sont dans le même état. Je vous invite, Monsieur de président, Monsieur le recteur, Monsieur le préfet à « bien vous laver les mains », comme dit le Premier ministre, dans ces conditions : où les essuierez-vous ? Sur vos vêtements ?

Mais il y a plus grave : ces sanitaires sont également dépourvus de papier-toilette sous prétexte que, lorsqu’il y en a, les cuvettes sont bouchées. Comment pouvez-vous vous félicitez de distribuer aux élèves des tablettes numériques, que seule une poignée de militants de la désinstruction réclame à grands cris, et laisser les toilettes dans un état déplorable ! Ce scandale dure depuis trop longtemps. L’épidémie actuelle pourrait finalement s’avérer utile si, au lieu d’être l’occasion d’un énième exercice de communication convenu destiné à faire savoir qu’on est « entièrement mobilisé », comme lors de chaque crise, on s’en saisissait pour régler vraiment les problèmes, ce qui exige qu’on les pose correctement. Parmi les véritables remparts contre les épidémies – celle-ci aussi bien que les prochaines – outre notre système de santé, à qui l’on ne peut pas tout demander (d’autant plus qu’il ne tient debout, comme notre système éducatif, que grâce au dévouement des personnels, si mal payés en retour !) il y a aussi, et peut-être d’abord, le civisme de la population et sa capacité à adopter des comportements sensés et rationnels. Or, dans ce domaine comme dans les autres, tout commence dans la famille et à l’école, y compris pour ce qui concerne l’hygiène. Comment veut-on que la population prenne l’habitude de bien se laver les mains si on ne la lui donne pas dès l’enfance ? Comment veut-on que chacun respecte au quotidien les toilettes, notamment dans les lieux publics, si cela n’est pas d’abord appris à l’école ? Et comment veut-on l’apprendre si on laisse ces lieux dans un tel état qu’il fait honte ? Quel signal envoie-t-on aux jeunes gens par tant de désinvolture en la matière ?


C’est pourquoi, Monsieur le Président, messieurs les responsables, AD/CFE-CGC vous demande solennellement de vous engager, dès aujourd’hui, sur le chemin de la reconquête du bon sens éducatif et, puisqu’il est apparemment trop difficile de prendre ce chemin concernant les choses de l’esprit –  comme l’ont montré les réformes du baccalauréat, de l’enseignement professionnel et du collège qui toutes y tournent le dos –  eh bien qu’on prenne donc ce chemin à partir de ce qui constitue la condition aux choses de l’esprit, c’est-à-dire le corps lui-même, car la discipline commence là. Prenez ici l’engagement de faire procéder sans délai à un audit des toilettes dans les établissements scolaires ! Prenez cet engagement devant nous et devant tous ceux à qui nous allons rendre compte ! Prenez l’engagement de mettre à niveau ce qui doit l’être, tant sur le plan matériel (et il ne s’agit pas ici de se borner à faire livrer du savon çà et là, mais bien d’entreprendre des travaux) que sur le plan du personnel qu’il faut affecter non seulement à l’entretien, cela va de soi, mais à la bonne utilisation de ces lieux, les règles d’hygiène devant être acquises dès l’enfance au même titre que celles de grammaire et de calcul ! Si donc, au lieu de distribuer des tablettes, ce qu’on ne vous demande pas, vous consentez enfin à refaire les toilettes, ce qu’on vous demande depuis des décennies, alors l’école cessera peut-être de s’enfoncer toujours un peu plus dans les sables mouvants de la désinstruction et commencera à être remise debout. Cela aura néanmoins pour condition que tous sachent qu’elle est leur place et y restent, afin que chacun joue pleinement son rôle. Celui de la collectivité territoriale n’est pas de se mêler de pédagogie, ni directement ni indirectement : c’est l’affaire du professeur. Et celui de l’administration de l’éducation nationale n’est pas non plus de s’occuper de pédagogie ni de détruire le métier sous couvert de le « redéfinir » (sic) : non, son rôle, plus modeste et pourtant ô combien nécessaire, est de permettre au professeur de remplir pleinement le sien en lui assurant des conditions favorables et en lui faisant vraiment confiance. C’est tout ce qu’on demande à l’administration, et c’est déjà beaucoup.


Faites donc enfin ce qu’on vous demande, et cessez de faire ce qu’on ne vous demande pas, qui nous porte le plus souvent préjudice au lieu de nous soutenir. Alors, ensemble, nous pourrons peut-être reconstruire une école digne de ce nom !

René Chiche
Vice-président Action & Démocratie/CFE-CGC

CAEN – 1er mars 2019

Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN)

Séance du 1er mars 2019

Déclaration préalable Action & Démocratie

Madame la Présidente,

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs, chers Collègues,

Les réformes qu’il vous faut mettre en œuvre font l’objet d’un rejet massif de la profession.

Que ce soit la transformation du baccalauréat en certificat de fin d’études qui méritent de moins en moins ce nom, la suppression des filières de l’enseignement général et la création de spécialités qui achèvent de réduire le savoir à une simple option, ou qu’il s’agisse des formations professionnelles que l’on s’évertue à renommer pour accroître leur attractivité tout en les mettant au régime sec et en leur infligeant une perte d’heures d’enseignement considérable – comme si l’acquisition des connaissances et des savoir-faire relevait désormais de la « co-intervention » du Saint-Esprit ! – toutes ces réformes, où tout n’est cependant pas mauvais, ont pour dénominateur commun d’avoir été menées à la hussarde et sans réel dialogue avec la profession. Toutes ont également pour point commun d’avoir été soustraites au Parlement, lequel, pendant qu’on détruit par voie réglementaire un monument hérité de Napoléon au même titre que le Code civil, est amené à se prononcer sur la présence de drapeaux dans les classes ou la délivrance du permis d’enseigner à de simples étudiants ! Nous sommes dans une situation inédite : la loi de refondation de l’école de la République a confié à l’exécutif tout pouvoir sur l’organisation des enseignements, et ce dernier naturellement en use, et en abuse, renvoyant toute objection, toute critique, toute contestation de ces choix à la mauvaise foi de ses interlocuteurs auxquels, dans le même temps, il proclame la nécessité de bâtir une école de la confiance !

La seule instance qui ait pu se prononcer démocratiquement sur ces réformes et en faire connaître au public l’acceptation ou non est le Conseil supérieur de l’éducation. Ses avis, qui ne sont que consultatifs, n’en sont pas moins significatifs.

Arrêté relatif aux formations préparant au certificat d’aptitude professionnelle : 25 voix contre, avis défavorable.

Arrêté relatif aux formations préparant au baccalauréat professionnel : 25 voix contre, avis défavorable.

Décret modifiant le baccalauréat général : 40 voix contre, avis défavorable.

Arrêté relatif au contrôle continu : 48 voix contre, avis défavorable.

Arrêté fixant les modalités du nouveau baccalauréat : 41 voix contre, avis défavorable.

Arrêté modifiant la structure et les horaires des enseignements en classe de seconde : 53 voix contre, avis défavorable.

Arrêté relatif aux enseignements du cycle terminal : 35 voix contre, avis défavorable.

La moindre des choses, dans une saine démocratie, n’eut elle pas été de suspendre la mise en œuvre de ces réformes et, concernant celle des enseignements de spécialité, ne pas l’appliquer aux élèves entrés en seconde sous l’ancien régime des études au lycée en mettant ce temps à profit pour en corriger les plus manifestes aberrations ? La moindre des choses n’eut elle pas été de donner aux professeurs le temps nécessaire pour s’approprier des programmes dont l’état final n’est connu que par un petit nombre depuis fin décembre et dont certains n’ont toujours pas le personnel qualifié pour être enseignés ? La moindre des choses, dont nul ne parle, n’eut elle pas été de réfléchir aux conditions de l’harmonisation de la notation pendant l’année dès lors que celle-ci entre pour 10% dans la délivrance du diplôme, remettant gravement en cause le principe de l’anonymat et de l’équité, c’est-à-dire la forme républicaine de l’examen ? Et enfin la moindre des choses, quand une organisation représentative adresse au chef de l’Etat une lettre ouverte très argumentée sur les difficultés réelles auxquelles sa réforme de la voie professionnelle n’apporte aucune solution et qu’elle ne fait qu’aggraver, quand elle n’en créé pas de nouvelles, la moindre des choses n’eut elle pas été d’y répondre autrement que par un simple accusé de réception ?

On a beau répéter du lundi au samedi et de septembre à juin que l’on bâtit l’école de la confiance, l’éducation nationale n’échappe pas à la crise des institutions et à la défiance généralisée envers les pouvoirs ainsi qu’envers des corps intermédiaires d’ailleurs si peu représentatifs. Oui, si peu représentatifs car, contrairement à ceux qui se félicitent de leurs résultats aux élections professionnelles ou qui font grand cas d’une augmentation dérisoire de 0,9 point de participation à un scrutin dont près de 60% de la profession se désintéresse, nous nous inquiétons du fonctionnement peu démocratique d’une institution qui n’est pourtant pas avare d’instances, de conseils, de comités et d’observatoires dont l’intérêt échappe parfois. Nous nous inquiétons de l’effectivité du dialogue social quand les conditions de la représentation de la profession font elles-mêmes l’objet d’un traitement si désinvolte qu’on ne s’estime même pas tenu de refaire un scrutin après avoir constaté de graves et persistants dysfonctionnements dès le premier jour, dysfonctionnements qui ont été également constatés pendant toute la durée de scrutin et portent gravement atteinte à sa sincérité, ce qui a conduit notre organisation à en réclamer l’annulation. Dans toute démocratie digne de ce nom, l’anomalie privant les électeurs de l’accès au bulletin de vote de leur choix en raison des caprices de l’informatique aurait été unanimement dénoncée par tous les acteurs et observateurs. Dans toute démocratie digne de ce nom, une journée de vote supplémentaire aurait au moins été octroyée pour compenser la fermeture des bureaux de vote intervenue dès le premier jour d’un scrutin prévu pour durer une semaine. Ces faits suffisent hélas à indiquer le peu de cas accordé à la démocratie sociale et à la fonction d’organisations qui ne font plus que de la figuration. Comment d’ailleurs ne pas songer que leur faible représentativité ne serve pas finalement les intérêts de l’exécutif, et que le passage en force, car c’en est un, par lequel on impose à une profession que l’on sait fort bien réticente, quoique résignée, une série de réformes qui ne sont réellement soutenues que par une minorité, pour ne pas dire par la poignée de leurs concepteurs, ce passage en force n’est possible que par l’entretien délibéré de la faiblesse des forces pouvant s’y opposer ?

Il se pourrait cependant que cette faiblesse ne soit elle-même qu’une apparence trompeuse, et que les personnels finissent par trouver les voies et moyens de s’opposer à la destruction de leurs métiers de manière inattendue, voire spectaculaire. Les signes en sont de plus en plus nombreux, au point qu’un préavis de grève courant jusqu’en période d’examen vient d’être déposé par une organisation pendant que notre propre syndicat de l’éducation, Action & Démocratie, consultant les personnels sur le principe d’une grève reconductible pendant les examens, a enregistré 80% de réponses favorables à cette proposition sur un total de 86000 réponses à ce jour. Notre devoir est de vous en avertir pour inviter chacun, au poste qui est le sien, à ouvrir enfin les yeux sur la réalité : celle d’une école qui n’a plus guère le temps d’instruire tant elle consacre ses moyens à promettre « la réussite » coûte que coûte, celle d’une profession qui n’attire plus à force d’être méprisée aussi bien matériellement que symboliquement, celle en un mot d’une institution qui n’inspire plus confiance ni à ses personnels ni à la population. Tout chambouler afin que rien ne change n’était décidément pas la meilleure réponse à leur faire !

René Chiche
Vice-président Action & Démocratie/CFE-CGC