Suicide de Jean-Pascal : une responsabilité de l’État mais pas de faute !

Suicide de Jean-Pascal : une responsabilité de l’État mais pas de faute !

Suicide de Jean-Pascal Vernet : une responsabilité de l'État "sans faute" !!??

Le tribunal administratif de Marseille vient de reconnaître la responsabilité de l’État dans le suicide de Jean-Pascal Vernet, professeur des écoles exerçant dans les Alpes de Haute-Provence qui avait reçu par erreur en mai 2019 un courrier l’informant de sa mise en examen et de sa suspension. Mais cette responsabilité est reconnue… sans faute de l’administration. Une décision qui soulève des questions graves sur les méthodes administratives, la protection des personnels et la manière dont l’institution traite désormais ses propres agents.

Dix mille euros…

C’est la somme que l’État vient d’être condamné à verser à la mère et à la sœur de Jean-Pascal Vernet, ce professeur des écoles qui s’était suicidé le 2 mai 2019 après avoir reçu par erreur un courrier administratif l’informant de sa suspension et de sa mise en examen.

Dix mille euros, serait-ce donc désormais le prix accordé à la vie d’un professeur ? Ou bien hélas plus vraisemblablement le solde de tout compte consenti par l’État, qui est ici juge et partie, pour reconnaître sa responsabilité sans assumer sa faute ? « Allez, on vous donne 10 000 euros et on n’en parle plus ! »

Car le plus sidérant n’est peut-être pas l’estimation du préjudice causé à une mère et à une sœur par la mort de leur fils et frère dans ces conditions, le plus sidérant est que le tribunal administratif de Marseille reconnaît la responsabilité de l’État tout en affirmant qu’aucune faute de l’administration ne serait établie.

Le tribunal appelle cela une « responsabilité sans faute ». La formule est juridiquement connue. Mais appliquée à une affaire de cette nature, elle provoque un véritable vertige moral.

Car oui, il y avait bien erreur. Le jugement le reconnaît lui-même noir sur blanc : le courrier évoquait une procédure pénale qui concernait en réalité un autre enseignant. Le tribunal reconnaît également que Jean-Pascal Vernet, après avoir reçu cette lettre, a rédigé un courrier d’adieu dans lequel il affirmait faire l’objet d’une procédure pénale avant de mettre fin à ses jours quarante-huit heures plus tard. Le suicide est ainsi reconnu « imputable au service ». Et pourtant, malgré cela, il n’y aurait pas de faute…

Cette décision marque peut-être l’aboutissement d’une évolution profondément inquiétante de notre institution : celle d’un système capable de broyer un agent sans véritablement s’en rendre compte ni surtout s’en demander compte, capable de le conduire à la mort puis d’effacer juridiquement toute responsabilité humaine derrière les abstractions et commodités du droit administratif.

Le plus glaçant est peut-être dans ce passage du jugement où le tribunal reproche à la famille de ne pas apporter suffisamment de précisions pour démontrer la faute de l’administration. Comme si le fait d’adresser par erreur à un professeur un courrier lui annonçant sa mise en examen ne constituait pas déjà, en soi, une faute d’une gravité extrême. Comme si l’on pouvait sérieusement soutenir qu’aucun dysfonctionnement administratif fautif n’existait dans une telle affaire.

Pour comprendre la gravité de cette affaire, il faut revenir sur les faits. Le 30 avril 2019, Jean-Pascal Vernet, professeur des écoles dans les Alpes-de-Haute-Provence, est convoqué par sa hiérarchie pour un entretien relatif à un supposé « comportement inadapté » avec une élève. À l’issue de cet entretien, l’administration lui notifie une décision de suspension de quatre mois mentionnant noir sur blanc sa « mise en examen » ainsi que son « placement sous contrôle judiciaire ». Or cette procédure pénale n’existait pas. Plus exactement elle ne le concernait pas : le courrier résultait d’une erreur administrative grossière, un copier-coller effectué à partir d’une autre affaire concernant un autre enseignant. Jean-Pascal Vernet quitte cependant les locaux de l’administration en étant persuadé qu’il va faire l’objet d’une procédure disciplinaire et, peu après, d’une procédure judiciaire. Dans la lettre qu’il rédige avant sa mort, il mentionne précisément cette prétendue mise en examen. Deux jours plus tard, il se suicide.

Ces faits ne sont pas contestés. L’administration a d’ailleurs reconnu dès 2020 l’imputabilité au service du suicide.

C’est donc dans ce contexte que le tribunal administratif de Marseille affirme pourtant que la faute de l’administration ne serait pas suffisamment établie. Et c’est alors qu’on est pris de vertige. Car enfin, qu’est-ce qu’une faute administrative, si le fait d’adresser à tort à un enseignant un courrier l’informant de sa mise en examen n’en constitue pas une ? Que fallait-il donc démontrer de plus ? Que l’erreur était volontaire ? Qu’un responsable hiérarchique avait conscience des conséquences psychologiques possibles ? Qu’un agent de la DSDEN a physiquement provoqué le passage à l’acte ?

Le plus troublant est que le tribunal semble ici raisonner comme si l’erreur administrative n’était qu’un incident technique parmi d’autres, sans prendre véritablement en compte ce qu’un tel courrier peut représenter dans la vie d’un enseignant.

Et là, nous sommes au cœur du sujet. Car dans l’Éducation nationale, une accusation de cette nature ne touche pas seulement la carrière. Elle détruit une réputation. Elle détruit une identité professionnelle. Elle détruit parfois une existence entière.

A Action & Démocratie, nous le savons bien hélas, et avons plusieurs fois empêché des collègues de se suicider en sortant des locaux du rectorat où l’on venait de leur annoncer que le recteur ou le secrétaire général avait déclenché contre eux un article 40 sur la base d’informations inexactes, partiales ou partielles. Et lorsque des collègues se retrouvent dans cette situation, eux qui sont tous animés par un respect profond des lois et de l’institution qu’ils servent, ce genre de choses est vécu comme une mise à mort et une trahison. Des lettres comme celle que Jean-pascal Vernet a reçue, aussi menaçantes que froides et impersonnelles, des collègues en reçoivent très souvent, notamment dès qu’ils sont accusés par des élèves ou leur famille auprès d’une administration qui n’a rien de plus pressé, afin de ne pas faire de vague, que de s’en faire le relais et d’abonder dans le sens de l’accusation au lieu de protéger ses agents.

Cette épouvantable affaire ne surgit donc pas de nulle part. Depuis des années, les personnels de l’Éducation nationale décrivent un même sentiment d’abandon, de suspicion permanente et de brutalisation administrative. Lorsque nous en parlons, on nous dit que nous exagérons. Les suicides de collègues, les effondrements psychologiques, les dépressions graves ou les départs précipités de l’institution qui sont de plus en plus fréquents ne sont pas et ne peuvent plus être regardés comme des accidents isolés. Ils dessinent progressivement un paysage que certains refusent encore de regarder en face.

Il y a pourtant une littérature entière sur ce sujet, pour ne rien dire de la parole qui se libère sur les réseaux sociaux. Une collègue avait trouvé le titre juste pour le livre contenant son propre témoignage : « L’Éducation nationale, une machine à broyer ». La formule peut sembler excessive à ceux qui n’ont jamais été confrontés à certaines réalités administratives. Elle ne paraît malheureusement plus exagérée à un nombre croissant de personnels. Car ce qui détruit les agents, ce n’est pas seulement la charge de travail, la difficulté des classes ou l’épuisement ordinaire du métier. Ce qui détruit, c’est le sentiment d’être abandonné précisément par l’institution à laquelle on avait consacré sa vie.

Ce qui détruit, c’est aussi la mécanique implacable et totalement indifférente à la personne humaine de certaines procédures qui sont souvent déclenchées avec autant de désinvolture que de crainte de ne pas en faire assez pour satisfaire les attentes supposées ou fantasmées des « usagers du service public d’éducation » au nom desquelles on en arrive à rendre la vie des agents impossible et l’institution elle-même dysfonctionnelle (et ce d’ailleurs en tout domaine).

Ce qui détruit, c’est d’être traité comme un dossier sans jamais être considéré comme une personne et de se trouver en face d’une administration qui brandit ses règles et usages comme une bible en s’exonérant des devoirs les plus élémentaires entre êtres humains, se permettant par exemple de ne pas répondre à ses propres agents sous prétexte que le silence de l’administration au bout de deux mois vaut rejet de la demande. C’est aussi le refus d’entendre, car il n’est pire sourd que celui qui est à la fois juge et partie. Et c’est enfin l’inversion complète des rôles, lorsque l’agent qui demande protection finit lui-même placé sous suspicion. Nous ne savons que trop bien que l’Éducation nationale, se comportant comme un empire dans l’empire, a désormais tendance à substituer au principe fondamental de la présomption d’innocence qui règle un État de droit digne de ce nom, une logique de présomption de culpabilité contre laquelle, par nature, on ne peut rien.

Dans l’affaire Jean-Pascal Vernet, tous ces mécanismes apparaissent sous une forme chimiquement pure. Un homme reçoit un courrier officiel lui annonçant sa mise en examen. L’administration se trompe de destinataire. Le professeur croit sa vie détruite. Deux jours plus tard, il est mort. Et plusieurs années après, l’institution judiciaire explique qu’il y a bien une responsabilité de l’État… mais sans faute.

Ce jugement et ses attendus stupéfiants risquent de conforter ce qu’il faudrait précisément combattre : l’incapacité de l’institution à reconnaître la violence qu’elle peut elle-même produire. Ce jugement revient en effet à dire que l’on peut détruire un être humain par une succession de procédures, de maladresses, d’automatismes bureaucratiques sans que personne n’ait jamais réellement fauté. Et c’est cela qui est le plus inquiétant, car lorsqu’une institution ne sait plus reconnaître ses propres fautes, elle se dispose inévitablement à les reproduire.

L’Éducation nationale ne manque certes pas de circulaires sur la bienveillance, l’écoute ou la prévention des risques psychosociaux. Les plans de prévention existent. Les cellules d’écoute existent. Les affiches existent. Mais à quoi servent tous ces dispositifs si, dans une affaire aussi accablante, l’administration demeure juridiquement irréprochable ? À quoi sert la prévention des risques psychosociaux si l’on refuse encore de voir que certaines procédures institutionnelles relèvent de la violence et qu’elles peuvent tuer ?

Que faudrait-il de plus pour qu’une faute soit enfin reconnue ?

Audience Recteur

Audience Recteur

Audience avec le recteur

Reçue le 7 mai 2026 par le recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur et de l’académie d’Aix-Marseille, notre organisation syndicale a abordé plusieurs sujets majeurs concernant les relations entre l’administration et les personnels, la protection fonctionnelle, la sécurité, les AED, l’inclusion scolaire, les élections professionnelles, les conditions d’emploi des contractuels ou encore les effets du numérique dans l’institution scolaire. Cette audience a également été l’occasion d’évoquer le jugement rendu dans l’affaire Jean-Pascal Vernet et, plus largement, les conséquences humaines de certaines pratiques administratives.

Compte rendu de l’audience d’Action & Démocratie / CFE-CGC par le recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur et de l’académie d’Aix-Marseille

7 mai 2026 – Rectorat d’Aix-Marseille

L’audience sollicitée par notre organisation syndicale s’est tenue le 7 mai 2026 de 14h à 15h30 au rectorat d’Aix-Marseille. Le recteur Benoît Delaunay était accompagné du secrétaire général de la région académique, Jérôme Bourne, ainsi que du secrétaire général de l’académie, Bruno Martin.

Nous avons ouvert l’entretien en revenant sur le jugement rendu récemment par le tribunal administratif de Marseille dans l’affaire Jean-Pascal Vernet, ce professeur des écoles qui s’était suicidé il y a septe ans, le 2 mai 2019, après avoir reçu par erreur un courrier de l’administration l’informant de sa suspension à titre conservatoire et de sa mise en examen, alors que cette lettre concernait en réalité un autre enseignant du département.

Nous avons fait part au recteur de notre profonde indignation devant une décision qui reconnaît la responsabilité de l’État tout en écartant toute faute de l’administration et en fixant à seulement 10 000 euros chacune l’indemnisation accordée à la mère et à la sœur de l’enseignant. Une telle décision suscite inévitablement une interrogation terrible : est-ce donc cela, aujourd’hui, le prix de la vie d’un agent de l’Éducation nationale ? Au-delà du cas lui-même, cette tragédie nous paraît révélatrice d’un problème beaucoup plus large concernant la manière dont certains personnels sont traités par l’institution, les méthodes administratives employées et l’absence persistante de prise en compte des conséquences humaines pourtant parfois dramatiques de certaines décisions ou de certains dysfonctionnements. Nous renvoyons par ailleurs nos lecteurs à l’article consacré à cette affaire dans cette même lettre d’information.

Nous avons ensuite développé la question plus générale des relations entre l’administration et les agents, sujet que nous avions déjà évoqué auprès du cabinet du ministre et que nous considérons comme prioritaire. Nous avons notamment insisté sur les conséquences humaines parfois extrêmement lourdes de certaines pratiques administratives : décisions insuffisamment motivées, courriers rédigés dans des termes particulièrement brutaux, prolongations irrégulières de suspension, absence de réponse à des demandes pourtant formulées dans des situations de détresse manifeste, notamment en matière de protection fonctionnelle.

Nous avons pris appui sur plusieurs affaires récentes ayant profondément marqué les personnels, en particulier des situations ayant conduit à des dépressions sévères, des traumatismes ou des passages à l’acte suicidaire comme dans le cas cité précédemment de Jean-Pascal Vernet mais aussi celui de Jean Willot à la même époque. Nous avons souligné le décalage existant entre le fonctionnement administratif abstrait et les effets très concrets produits sur des agents souvent profondément attachés à l’institution et particulièrement sensibles aux mises en cause dont ils peuvent faire l’objet.

Nous avons rappelé à cette occasion les propos tenus par le ministre devant le Conseil supérieur de l’éducation le 4 décembre 2025 lorsqu’il avait reconnu qu’« on ne traite pas les collègues ainsi » et annoncé vouloir rappeler aux recteurs la nécessité de répondre explicitement aux personnels, y compris en cas de refus de protection fonctionnelle. Nous avons souligné que, dans les faits, les refus implicites et l’absence de motivation demeurent encore fréquents.

Le recteur n’a pas contesté ce diagnostic général. Il a même reconnu que l’administration avait encore « des progrès à faire » dans sa manière de s’adresser aux personnels. Il a indiqué être personnellement attentif à la formulation des courriers et a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir des relations de confiance avec les agents. Il a également confirmé être lui-même particulièrement attentif aux demandes de protection fonctionnelle, qu’il considère comme relevant du devoir de l’institution envers ses agents. Toutefois, les réponses sont restées générales et aucune mesure concrète ou évolution précise n’a été annoncée.

Nous avons ensuite longuement abordé les questions de sécurité, d’autorité et de protection des personnels, en revenant notamment sur le drame de Sanary et nos propos à ce sujet lors du dernier CAEN. Nous avons expliqué que cet événement ne pouvait être regardé comme un fait isolé mais révélait un affaiblissement profond des repères institutionnels et des conditions normales d’exercice de l’autorité pédagogique. Nous avons insisté sur le fait que des rappels à l’ordre ou des remarques ordinaires adressées aux élèves suffisent désormais parfois à provoquer des réactions d’une extrême violence.

Dans ce contexte, nous avons dénoncé la multiplication des procédures disciplinaires engagées contre des personnels sur la base de notions floues comme le « devoir d’exemplarité », notion dont nous contestons l’usage extensif depuis l’introduction de l’article L.111-3-1 du Code de l’éducation. Nous avons également évoqué les dispositions récemment introduites dans un projet de loi examiné au CSE la veille et relatif à la protection de l’enfance visant à conserver pendant dix ans certaines sanctions du premier groupe dans le dossier des agents, y compris pour de prétendues atteintes à « l’intégrité morale » des élèves, formulation particulièrement inquiétante compte tenu de son imprécision (imprécision reconnue par la DGRH elle-même !).

Nous avons rappelé notre revendication ancienne d’automaticité de la protection fonctionnelle et dénoncé une tendance de l’institution à se placer trop rapidement dans une logique de suspicion à l’égard des personnels dès lors qu’une accusation est portée contre eux, substituant à la présomption d’innocence valable à l’intérieur de l’État de droit français une sorte de présomption de culpabilité érigée en principe, sinon en droit du moins en fait, au sein de l’Éducation nationale.

La question de la sécurité dans les établissements nous a également conduits à évoquer le rôle des AED et celui de l’EMAS. Nous avons insisté sur le fait que les AED exercent aujourd’hui des missions de plus en plus exposées sans disposer ni du statut ni de la formation correspondant aux responsabilités de sécurité qui leur sont parfois confiées dans les faits. Nous avons également demandé davantage de transparence concernant les données académiques relatives à ces personnels, notamment s’agissant des différents statuts et de la situation particulière des AED en CDD dans la perspective des prochaines élections professionnelles.

Nous avons rappelé l’importance du travail accompli par l’EMAS dans l’accompagnement des établissements confrontés à des situations de crise ou de grande tension, ainsi que la reconnaissance dont bénéficient ses interventions sur le terrain. Nous avons également souligné l’attachement très fort des personnels de ce service à leur mission et à leur identité professionnelle.

Le recteur a indiqué partager notre préoccupation concernant la nécessité de protéger les agents et de préserver la cohésion de l’institution. Il a insisté sur « l’esprit de corps », voire de « famille » nécessaire au fonctionnement de l’Éducation nationale et a reconnu l’importance du sentiment de soutien que les personnels doivent pouvoir éprouver de la part de leur hiérarchie. Il a également salué explicitement le travail accompli par l’EMAS et confirmé l’importance de ce service dans le fonctionnement de l’académie. Là encore, les réponses sont allées dans le sens des préoccupations exprimées mais sont demeurées relativement générales.

Nous avons ensuite abordé la question du dialogue social et de l’accès aux documents administratifs. Nous avons dénoncé l’opacité croissante des opérations de gestion depuis la disparition des compétences des commissions administratives paritaires en matière de mobilité et d’avancement. Nous avons notamment demandé la communication de données agrégées permettant d’apprécier les conditions réelles d’accès à la hors classe et à la classe exceptionnelle, ainsi que les procès-verbaux des CSA académiques qui sont des documents publics, les procès-verbaux des réunions du CSA ministériel étant eux-mêmes facilement accessibles.

Sur ce point, les réponses ont été prudentes mais plutôt ouvertes. Le recteur a indiqué ne pas avoir d’opposition de principe à la communication des procès-verbaux aux organisations non représentées en CSA et a annoncé vouloir vérifier les possibilités juridiques. Le secrétaire général a reconnu un retard dans la publication de ces documents et évoqué un projet d’intranet académique destiné à améliorer leur mise à disposition. Aucune échéance précise n’a toutefois été donnée, si ce n’est un horizon situé vers 2027.

Nous avons également soulevé la question des élections professionnelles et dénoncé les effets de la dématérialisation intégrale des opérations électorales, qui contribue selon nous à invisibiliser encore davantage le scrutin syndical et à aggraver l’abstention. Nous avons plaidé pour une véritable visibilité matérielle des élections dans les établissements et pour une égalité réelle de présentation des organisations syndicales.

Le recteur a reconnu l’importance fondamentale des élections professionnelles et s’est déclaré sensible à la question de la participation. Il a également confirmé que des réunions de travail étaient en cours concernant l’organisation des prochaines élections. Là encore, aucune mesure concrète n’a cependant été avancée à ce stade.

Concernant l’école inclusive, nous avons remis au recteur notre recueil de témoignages sur les difficultés rencontrées sur le terrain. Nous avons insisté sur les souffrances générées par certaines situations d’inclusion mal adaptées, aussi bien pour les élèves concernés que pour les autres élèves et les personnels.

Le recteur a reconnu l’existence de difficultés importantes, notamment dans le premier degré, et indiqué que les situations les plus préoccupantes faisaient l’objet d’une attention particulière de la part des services académiques, avec parfois l’intervention de l’EMAS. Il a néanmoins réaffirmé son attachement aux objectifs de la loi de 2005 et insisté sur la nécessité de maintenir un équilibre entre inclusion et prise en compte des difficultés concrètes rencontrées sur le terrain. Il a également reconnu l’existence de problèmes de coordination avec le secteur médico-social et d’insuffisance des structures spécialisées.

Nous avons enfin remis au recteur notre enquête nationale sur les personnels contractuels et lui avons fait part de nos positions sur les conséquences du numérique et des écrans dans l’institution scolaire. Nous avons exprimé notre souhait que la communication académique traite de l’interdiction du téléphone portable. Sur la question du numérique, le recteur a indiqué partager notre préoccupation concernant les effets des écrans sur les élèves tout en défendant un « usage raisonné du numérique éducatif ». Il a reconnu l’existence d’une ligne de crête difficile entre limitation des écrans et développement des outils numériques. Sur l’interdiction du téléphone portable au lycée, le recteur a défendu cette mesure dans la presse : nous attendons donc que la communication officielle du rectorat le fasse aussi.

Dans l’ensemble, cette audience a permis un échange approfondi et relativement libre sur des sujets de fond rarement abordés de manière aussi directe avec l’administration académique. Le recteur s’est montré attentif, courtois et souvent en accord de principe avec les préoccupations et positions exprimées. Même si les réponses apportées sont restées, sur plusieurs sujets, prudentes et encore peu concrètes, cette audience a néanmoins permis d’établir un dialogue direct et sérieux sur des questions sensibles que nous continuerons à suivre avec vigilance dans les prochains mois.

CAEN – 9 février 2026

Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN)

Séance du 9 février 2026

Déclaration préalable Action & Démocratie

Monsieur le préfet,

Madame la vice-présidente,

Mesdames et messieurs,

Chers collègues,

Chacun ici a encore en mémoire ce qui s’est passé au collège La Guicharde de Sanary la semaine dernière.

Nos pensées vont d’abord en cet instant à notre collègue, poignardée à quatre reprises par un élève qui, selon ses dires, avait « la haine » contre sa professeure en raison de quelques mots de recadrage concernant son comportement laissés sur Pronote en vue de signaler à ses parents des manquements de leur enfant à ses obligations allant de l’oubli du matériel jusqu’à la tenue de propos irrespectueux envers l’enseignante.

Voilà ce qu’il en coûte aujourd’hui d’être une figure d’autorité et d’exercer celle-ci.

Voilà à quoi sont exposés désormais des enseignants lorsqu’ils font simplement leur travail d’éducateur consistant à rappeler les règles à des jeunes dont certains sont à ce point privés de repères qu’ils sont capables non seulement de souhaiter la mort de ceux qui les recadrent, mais aussi de passer à l’acte.

Non Mesdames et Messieurs, ce qui s’est passé à Sanary n’est pas un fait isolé d’autant plus sidérant que nul ne s’attendait à ce que le collège sans histoire d’une ville aux allures de carte postale soit le théâtre d’une telle violence.

Et pourtant, au cours de la même semaine, il y a eu à notre connaissance une soixantaine d’incidents graves pour la seule académie d’Aix-Marseille, dont plusieurs pour des faits d’agression ou de menace, y compris des menaces de mort.

Pendant combien de temps va-t-on faire l’autruche devant cette réalité ? Pendant combien de temps, sous prétexte d’empêcher la fameuse « récupération » de tel ou tel drame, allons-nous tourner la tête et faire semblant de regarder ailleurs ?

Notre organisation syndicale de l’éducation nationale, Action & Démocratie, reçoit chaque jour les témoignages des collègues du terrain concernant ce que l’administration désigne pudiquement comme une dégradation du « climat scolaire ». Certains de nos collègues disent aller travailler « la peur au ventre ». Cette situation est inacceptable. Il est temps de réagir si l’on ne veut pas laisser des marchands de sommeil en tirer profit ou seulement si l’on est un tant soit peu attaché aux principes républicains.

Notre première exigence est la transparence. Dans « service public de l’éducation », il y a le mot « public » : nous demandons par conséquent que les données relatives aux incidents graves soient régulièrement publiées, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas montrer du doigt tel et tel établissement bien entendu, mais aussi avec toute la précision et l’exhaustivité nécessaires pour que chacun puisse prendre la mesure de ce qui est devenu un phénomène de société et une tendance lourde. La publication régulière de ces données est d’autant plus indispensable que les notes d’information de la DEPP à ce sujet sont les seuls éléments rendus publics par le ministère et que la dernière, publiée en mai 2025, porte sur les données SIVIS de l’année scolaire 2023-2024, et ne fournit là encore qu’un aperçu de la situation, qui plus est particulièrement édulcoré.

Encore une fois, la transparence sur ces sujets, qui n’est certes pas dans les us et coutumes d’une institution réputée pour son amour du « pas de vague », n’est pas destinée à stigmatiser qui que ce soit mais à faire prendre conscience à chacun d’une réalité qui sera d’autant moins instrumentalisée ou fantasmée qu’elle sera documentée et objectivée.

La transparence est aussi un devoir, tant envers les usagers qu’envers les agents que nous représentons. Il nous est insupportable d’entendre, comme dans le cas du drame de Sanary, mais ce n’est pas la première fois, que l’agression dont a été victime tel ou tel collègue ne serait qu’un cas isolé qui s’expliquerait principalement par le profil de l’agresseur, ses carences éducatives ou ses troubles psychologiques. Même si nous ne nions pas le caractère particulier et complexe de chaque évènement, il est indéniable que leur fréquence et leur augmentation sont les signes d’une évolution délétère dont il faut d’urgence identifier les causes profondes. L’influence des réseaux sociaux et la destruction des facultés humaines élémentaires, dont l’empathie ou le sens du réel, sous l’effet d’une surexposition aux écrans, en font certainement partie.

Notre seconde exigence est la cohérence. Tout le monde, à droite comme à gauche, reconnaît désormais qu’il y a dans notre société une crise de l’autorité et qu’il faut rétablir ou restaurer celle-ci. On ne va pas lancer ce débat ici, mais une chose est sûre, et le drame de Sanary le montre cruellement : à force de prendre des précautions avec les jeunes pour leur faire accepter et comprendre les règles au lieu de les leur donner simplement, à force de ne pas oser interdire car l’interdit est perçu par certains esprits confus comme une violence qu’on inflige aux jeunes, à force de négocier la règle au lieu de la poser avec clarté, on est en train de priver toute une génération de repères et d’exposer ce faisant à la vindicte, à la haine et parfois à la mort tous les agents qui incarnent encore, de par leur fonction, l’autorité républicaine, les professeurs ayant rejoint les policiers au nombre des victimes potentielles de cette démission collective.

Oui, la jeunesse a besoin de repères tout comme un arbre a besoin d’un tuteur pour pousser à peu près droit. Et c’est pourquoi nous avons soutenu l’extension de l’interdiction du téléphone portable et de tout objet connecté au lycée. Nous sommes à cet égard préoccupés par votre refus, Madame la présidente, de voter pour le projet de loi portant cette mesure, refus exprimé au nom des présidents de conseils régionaux que vous représentiez au conseil supérieur de l’éducation le 7 janvier dernier, et motivé par le fait que les Régions n’auraient pas été associées à cette mesure, et notamment à son impact financier. Comme s’il fallait soumettre cette interdiction, qui est une mesure de bon sens autant que de santé publique, à la capacité des uns et des autres à la faire respecter, alors que ceci est clairement un autre sujet.

Finalement, une proposition de loi similaire a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale et nous avons bon espoir de la voir s’appliquer dès septembre 2026. Lors d’une table ronde réunissant les organisations syndicales autour du rapporteur de la proposition de loi, nous avons eu l’occasion de souligner l’immense pas en avant que représente le fait d’interdire par la loi ce qui, dans certains cas, ne l’était que timidement par le règlement intérieur, règlement intérieur dont on sait à quelles pressions locales sa rédaction peut être soumise. Il est en effet essentiel, pour ne pas dire vital, que ce soit la société tout entière qui, par le biais de la loi, assume la responsabilité de cette règle comme de toute autre. L’inscription dans la loi du principe de l’interdiction du téléphone portable conforte en outre l’autorité des personnels, c’est évident et nécessaire. Quant aux motifs de cette interdiction, il est inutile d’y revenir : nous constatons tous les effets catastrophiques de l’utilisation immodérée de ces objets addictifs sur les facultés cognitives, sur l’attention et sur les relations sociales. La loi permet cependant, et sagement, que des exceptions au principe de l’interdiction puissent figurer dans les règlements intérieurs, notamment en ce qui concerne les usages pédagogiques ou certains lieux. Tout cela va dans le bon sens. Nous ne pensons pas que le financement éventuel de pochettes destinées à faciliter le respect de la règle (règle qu’il est aussi possible, et même d’abord indispensable, d’expliquer afin qu’elle soit comprise et naturellement respectée) soit une charge insupportable pour les collectivités territoriales qui n’ont pas hésité pourtant à dépenser des millions pour équiper les établissements scolaires et doter les élèves en tablettes et autres écrans.

Mais puisqu’il est question dans la loi d’usages pédagogiques et que par ailleurs l’institution n’a de cesse d’encourager l’utilisation du téléphone portable (ne serait-ce qu’en imposant l’usage de Pronote), lequel téléphone est toutefois un bien privé et non un outil professionnel, nous aimerions là encore que les pouvoirs publics fassent preuve d’un minimum de cohérence. L’usage ponctuel du téléphone portable par les élèves ne relève pas toujours d’un choix pédagogique mais d’une contrainte liée au manque d’équipements informatiques fiables parfois aggravé par des défaillances, voire des pannes générales comme ce fut le cas dans les Hauts de France dernièrement. Dans des activités nécessitant des logiciels ou bases de données professionnelles (par exemple pour la maintenance automobile), le téléphone de l’élève devient alors une solution de substitution pour maintenir les apprentissages, et les professeurs y ont recours malgré les difficultés de contrôle que cette situation engendre. Cela ne remet évidemment pas en cause l’interdiction générale des portables, et justifie au contraire des dérogations pédagogiques strictement encadrées et temporaires. Celles-ci ne doivent toutefois pas pallier un manque d’équipement, sous peine de faire peser sur les personnels la responsabilité des carences matérielles et d’accroître les inégalités entre établissements. Une clarification des politiques publiques est donc nécessaire sur ce point : le développement du numérique scolaire ne peut être cohérent avec l’interdiction des téléphones que si l’institution fournit des outils adaptés afin que les dérogations restent exceptionnelles.

Pour finir, nous regrettons que ne figure toujours pas à l’ordre du jour de ce conseil académique de l’éducation nationale la question de la transition écologique et de sa prise en compte, notamment dans les politiques relatives au bâti scolaire. Nous nous réunissons en février, après deux mois particulièrement pluvieux qui, fort heureusement, n’ont pas entraîné dans notre région des conséquences comparables à ce qui se passe en ce moment en Espagne ou au Portugal. Les épisodes de canicules sont, en ce moment et pour chacun de nous, un lointain souvenir. Et pourtant, nous savons qu’ils vont se répéter et devenir plus fréquents et plus intenses. Quelle conséquence en est tirée jusqu’à présent ? Aucune, si ce n’est l’idée parfaitement saugrenue d’un Président de la République quasiment en fin de mandat et sans majorité parlementaire, d’allonger la durée de l’année scolaire et d’ouvrir des établissements non adaptés aux changements climatiques précisément pendant les périodes où se produisent généralement les épisodes de canicules…

Néanmoins, Mesdames et Messieurs, ne pensez-vous pas qu’il serait temps, ici aussi, de ne plus faire l’autruche et de se doter des moyens permettant de ne pas laisser à l’avenir trente-cinq élèves et leur professeur suffoquer dans des locaux où la température peut dépasser les 40 degrés en ayant l’impudence d’imaginer qu’ils puissent travailler plusieurs heures durant dans de telles conditions, que nul ici ne pourrait supporter ne serait-ce qu’une demi-heure ?

Une commission spécialisée du conseil supérieur de l’éducation, créée d’ailleurs à la demande des lycéens eux-mêmes, a procédé depuis un an à de nombreuses auditions, dont celles de deux directeurs régionaux de l’aménagement et de l’immobilier, et remettra bientôt son rapport, dont vous serez naturellement destinataire, Madame la Présidente, en tant que membre du conseil supérieur de l’éducation représentant les Régions. Il n’est cependant pas aberrant de penser que les conseils académiques de l’éducation nationale s’emparent eux aussi de ce sujet et y consacrent tout ou partie de leur travaux le temps d’une séance.

Tout comme il ne nous paraît pas inutile que le conseil académique s’intéresse enfin à la problématique de l’inclusion dont nous n’avons pas ici le temps de vous dire à quel point elle engendre, en dépit de petites et précieuses satisfactions, de fréquentes et grandes souffrances : nous nous contenterons pour finir cette déclaration de vous convier, afin d’en prendre toute la mesure, à parcourir notre livre noir de l’école inclusive et à lire les témoignages édifiants qu’il contient, dont celui de cette AESH de l’académie d’Aix-Marseille qui nous demande désespérée, quelques jours à peine après la rentrée, « que faire quand vous prenez une gifle par un enfant et qu’un autre élève de la classe vous mord les doigts » ?

René CHICHE
Vice-président Action & Démocratie/CFE-CGC

Agression à Langevin : un révélateur des failles du système

Communiqué

04 septembre 2025

Agression à Langevin : le symptôme d’une Éducation nationale à bout de souffle

Mercredi 3 juillet, au lycée Paul Langevin de Martigues, un enseignant a été agressé dans la salle des professeurs par un autre enseignant à l’aide d’un couteau.

Contrairement à ce qui a été relayé par plusieurs organes de presse, il ne s’est pas agi d’une altercation entre deux collègues : les faits concernent un enseignant contractuel qui a agi de façon soudaine, inexpliquée et sans motif.

Le collègue agressé a été légèrement blessé tandis que l’agresseur a été maîtrisé par d’autres collègues présents : nous faisons part à tous de notre soutien et de notre solidarité face à cet événement sidérant.


Ce fait, qui est isolé, soulève cependant des questions graves :


Un recrutement en urgence sans contrôle suffisant :


Alors qu’en cette rentrée 2025 pas un seul établissement en France ne manque qui d’enseignants, qui de psychologue, de CPE, d’AESH, de personnel administratif et parfois même de personnel de direction, l’administration continue à faire l’autruche et à gérer la pénurie en embauchant « à la va-vite » toute sorte de personnels sans s’assurer sérieusement, notamment s’agissant des enseignants qui sont placés devant les élèves, de leurs aptitudes médicales, psychologiques et professionnelles.


Une médecine de prévention est inexistante :


En dehors d’une visite de contrôle sommaire au moment du recrutement, aucun suivi n’est assuré ni pour les titulaires ni pour les contractuels. Les personnels sont laissés seuls face à leurs difficultés, ce qui est indigne d’une grande administration et dangereux pour les élèves comme pour les collègues.


Le refus de prendre au sérieux le problème de la sécurité :


Nous avons à plusieurs reprises alerté le rectorat d’Aix-Marseille sur la problématique de la sécurité et les risques de toute sorte qui sont désormais encourus au sein des établissements par tous ceux qui s’y trouvent. Nous avons demandé à plusieurs reprises audience pour évoquer ces problématiques : le recteur ne nous a jamais répondu !


L’agression de Martigues n’est pas qu’un fait divers isolé, elle est aussi le symptôme d’un système à bout de souffle, où la gestion des ressources humaines n’est plus qu’une gestion de crise improvisée au détriment de la sécurité et de la dignité des personnels comme des élèves.


Action & Démocratie/CFE-CGC exige que soient remises à plat les conditions de recrutement des personnels contractuels et que des mesures immédiates soient prises pour garantir un véritable suivi médical et psychologique de tous les personnels.

Nous demandons également à la ministre de prendre enfin au sérieux les problèmes engendrés par une politique éducative désinvolte qui conduit l’institution tout entière droit dans le mur.

Harcèlement et management toxique : des sanctions enfin prises

Harcèlement et management toxique : des sanctions enfin prises

Communiqué

30 septembre 2023

Retrait d’emploi pour la DASEN du Vaucluse et son adjoint

La nouvelle est parue dans AEF info : la DASEN (directrice académique des services de l’éducation nationale) du Vaucluse, Claudie François-Gallin, ainsi que son adjoint, Stéphane Goget, ont été priés de se retirer de leurs fonctions. Claudie François-Gallin était la DASEN du Vaucluse depuis le 1er janvier 2022.

Cette décision fait suite à une enquête administrative de l’IGESR (Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche) à l’issue de laquelle le ministère de l’Éducation nationale a tranché. L’inspection générale a notamment examiné les conditions de travail des agents de la direction, ainsi que ceux de la DSDEN (Direction des services départementaux) de l’Aude (académie de Montpellier), que Claudie François-Gallin a dirigée de 2014 à 2021.

Mme François-Gallin et son adjoint ont instauré un management délétère au sein de la DSDEN du Vaucluse. Notre syndicat avait été alerté dès l’année dernière concernant des méthodes contreproductives de management au sein de la DSDEN 84 ayant entrainé la souffrance des agents. Dès que nous eûmes la certitude de la véracité des faits, nous avons informé le rectorat de ces agissements.

Action & Démocratie se félicite de la décision de bon sens qu’a pris le ministère dans cette grave affaire. La majorité des personnels de l’éducation nationale fait très bien son travail et agit pour le mieux du service mais, comme dans toute société humaine, il y en a quelques-uns qui oublient ce qu’implique la notion de servir pour se servir de leurs prérogatives et assouvir un désir de domination ou faire souffrir leurs collègues.

Leurs pouvoir de nuisance est d’autant plus grand qu’ils ont des responsabilités au niveau des personnels, que ce soit à l’échelon d’un EPLE ou à d’autres échelons de l’éducation nationale. Ces faits de harcèlement, qui commencent souvent par de la malveillance totalement gratuite et dénuée de tout pragmatisme fonctionnel, nuisent grandement au service en provoquant les arrêts maladie des personnels en souffrance.  Plus grave, ils peuvent être facteurs d’accidents, de dépression, de burn-out, parfois de suicides ou bien ils peuvent pousser l’agent qui en est la victime à se rebeller violemment contre son persécuteur à force d’être injustement maltraité, rabaissé ou humilié sans être jamais écouté ni secouru.

Trop souvent l’omerta règne dans les services ; trop souvent ces agissements sont couverts par la hiérarchie au nom du fameux « pas de vague ». Nombreux sont ceux qui ont peur de dénoncer et trop nombreux aussi ceux qui ne se sentent pas concernés par la souffrance d’autrui, se taisent et regardent ailleurs en évitant d’écouter et d’entendre la souffrance de ceux qu’ils côtoient.

Ces méthodes de management, qui relèvent du harcèlement et de ses variantes, sont inadmissibles et les personnels qui en sont responsables doivent être sanctionnés administrativement, voire pénalement dans les cas les plus graves.

Notre syndicat, qui a à cœur de défendre les intérêts matériels ainsi que moraux de ses adhérents et de tous les personnels, a choisi de ne rien laisser passer. Nous sommes prêts à harceler les harceleurs et à pratiquer le « name and shame » si besoin lorsque des personnels utilisent leur autorité hiérarchique ou leur position dans l’institution pour en persécuter d’autres, leur nuire en quelque façon et nuire aussi par là au bon fonctionnement des services. Ces personnels n’ont pas leur place dans notre institution et, s’ils y restent, ils doivent, a minima, évoluer dans des postes exempts de responsabilités fonctionnelles et d’autorité sur les autres personnels. 

Si vous êtes victimes ou témoins de tels faits et que vous hésitez à vous adresser à l’administration, vous pouvez faire appel à notre organisation sans délai : nous saurons vous écouter, vous conseiller et vous soutenir. L’expérience nous apprend qu’un problème naissant peut souvent être traité bien plus facilement qu’un événement ancien qui a connu moult rebondissements.

« Conseil de l’expérience » : quelle place pour l’expérience des personnels ?

« Conseil de l’expérience » : quelle place pour l’expérience des personnels ?

Communiqué

29 septembre 2023

L’expérience et la sagesse

Lundi dernier a été installé dans l’académie d’Aix-Marseille un « conseil de l’expérience » dont la mission est d’ « éclairer certains dossiers académiques » et de « contribuer de manière concrète à l’amélioration du service public de l’éducation » en s’appuyant sur « l’expérience et la sagesse » de ses membres, selon les termes du rectorat. Composé de personnels de direction à la retraite, ce conseil se réunira de façon régulière (au moins une fois par mois) pour rendre des avis sur des dossiers ou des sujets émanant d’un établissement, d’un réseau d’établissements ou de la gouvernance de l’académie, et formuler des préconisations. Au nombre de 19 et tous bénévoles, ses membres sont cependant nommés par le recteur (pour trois ans renouvelables une fois) et seront régulièrement consultés. Il s’agit d’un dispositif expérimental qui ne concerne pour l’instant que le second degré mais qui pourrait à l’avenir être étendu au premier degré.

Sur le plan philosophique, à Action & Démocratie où nous syndiquons tous les personnels, y compris ceux de direction, nous ne pouvons que nous réjouir de l’idée de recourir à l’expérience de collègues qui ont fait leurs preuves pour faciliter les choses et dénouer des crises le cas échéant. Avoir recours à l’expérience des anciens peut être d’autant plus judicieux que nous constatons de plus en plus de difficultés liées au comportement de certains néo-personnels de direction convertis aux dogmes du « management », lesquels sont hélas désormais en vogue dans les programmes de formation de l’encadrement. Reste à voir ce conseil à l’œuvre pour juger de son utilité et de son efficacité.

Nous ne pouvons que déplorer en revanche que l’on ne s’avise toujours pas de solliciter « l’expérience et la sagesse » de tous les personnels, et surtout que l’on attende leur mise à la retraite pour ce faire dans le cas des personnels de direction. Pour Action & Démocratie, la prise en compte et la valorisation de l’expérience acquise sont des nécessités qui font cruellement défaut au sein de l’institution. Nous l’avons dit lors du débat sur l’âge de la retraite : il est temps que l’éducation nationale considère ses personnels expérimentés, tous corps confondus, comme une vraie richesse et que la transmission d’expérience soit facilitée et même institutionnalisée. Cela pourrait se faire par la création d’un statut d’agent « sénior » dont le service serait en partie consacré à transmettre aux plus jeunes. Nous défendons cette idée et réclamons un tel aménagement des fins de carrière non seulement pour les bénéfices qu’on peut en attendre sur la formation des plus jeunes et le fonctionnement du service en général, mais aussi pour les avantages que pourront en retirer les agents concernés dans le cadre de la prise en compte de l’usure professionnelle. Que l’on soit personnel enseignant, personnel administratif ou personnel de direction, le report de l’âge de départ à la retraite détériore considérablement la fin de carrière. Cette réforme eut été mieux inspirée si elle avait été accompagnée d’une vraie réflexion sur le sujet et de mesures audacieuses et innovantes sur la valorisation de l’expérience acquise en fin de carrière. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi ce que l’État prescripteur demande aux entreprises en la matière ne s’appliquerait pas à l’État employeur envers ses agents.

Pour nous, ce n’est évidemment pas sur le mode du bénévolat et une fois que l’on est à la retraite qu’il faut solliciter l’expérience acquise, mais bien au cours des dernières années en activité. Alors, puisque l’académie d’Aix-Marseille se lance dans l’expérimentation, nous disons chiche ! Qu’elle expérimente des formes de services permettant la mise en œuvre d’un accompagnement des plus jeunes sur le terrain, ce qui fournira en outre à ces derniers, nous n’en doutons pas, une formation beaucoup plus riche et plus efficace que celles, pesantes et abstraites, dispensées au sein des INSPE et autre IH2EF, lesquelles formations, de notoriété publique, ennuient les stagiaires quand elles ne vont pas jusqu’à leur apprendre la docilité sous couvert d’obéissance.

Défense de la liberté d’expression : AD condamne les propos odieux et mensongers du SNES-FSU au CSE

Défense de la liberté d’expression : AD condamne les propos odieux et mensongers du SNES-FSU au CSE

Communiqué

13 juin 2023

Odieux et mensonger !

Vous le savez déjà, deux de nos collègues de philosophie sont suspendus sans traitement pendant trois mois par le ministre de l’éducation nationale à cause de leurs tweets. L’un dans l’académie de Normandie, Franklin Nyamsi ; l’autre dans celle d’Aix-Marseille, René Chiche. Ce dernier est aussi vice-président et porte-parole de notre syndicat Action & Démocratie/CFE-CGC.

Dans les deux cas, c’est uniquement leur expression sur les réseaux sociaux qui est le motif de ces sanctions très lourdes, ni leur enseignement ni leur comportement dans l’exercice de leurs fonctions n’étant mis en cause. Dans les deux cas, leurs propos ne comportent rien de contraire à la loi et leur seule « faute » consiste à rendre publiques des opinions qui déplaisent au pouvoir. Dans le cas de René Chiche, la sanction vise non seulement le professeur mais aussi le responsable syndical puisque c’est d’abord à ce titre qu’il s’exprime publiquement, ce qui ajoute encore au scandale lorsqu’on sait que le devoir de réserve ne s’applique pas aux agents de la fonction publique ayant un mandat syndical.

Action & Démocratie renouvelle ici son plein et entier soutien à nos deux collègues et dénonce aussi bien la disproportion que l’absence de fondement de ces sanctions inouïes. L’extension démesurée que le ministère de l’éducation nationale prétend donner au « devoir de réserve » porte clairement atteinte à la liberté d’expression des agents publics qui sont pourtant des citoyens de plein droit. Aussi, pour défendre cette liberté fondamentale et permettre à tous les personnels de pouvoir l’exercer sans être inquiétés ni avoir à se cacher derrière l’anonymat, Action & Démocratie se joint au recours exercé par René Chiche pour faire annuler la sanction qui lui est infligée.

Il y a un autre scandale dans le cas de René Chiche. Celui-ci a été convoqué devant une commission paritaire réunie en formation disciplinaire dès le mois de septembre 2022, en pleine période de préparation aux élections professionnelles, élections où il était candidat pour Action & Démocratie et donc en concurrence avec les autres représentants syndicaux membres du conseil de discipline, élus SNES-FSU et SIAES en l’espèce. Tous savaient qu’une sanction autre qu’un blâme ou un avertissement aurait pour conséquence de le rendre inéligible. Cette seule circonstance aurait dû conduire les membres de cette commission à se récuser. Seul l’un d’eux en a eu l’honnêteté !

Mais ce n’est pas tout. Contrairement à ce qui s’est passé pour son collègue de Normandie, René Chiche a été sanctionné par le ministre à la demande des membres du conseil de discipline, y compris de tous les représentants des personnels, élus SNES-FSU et SIAES !

Plus précisément, les représentants du personnel se sont abstenus lors du vote sur la première sanction d’exclusion temporaire de fonction pour une durée de seize jours à deux ans ; ils auraient pu voter contre. Ils ont ensuite voté avec les représentants de l’administration contre les autres sanctions proposées, allant de la rétrogradation au déplacement d’office dans la fonction publique de l’État en passant par la radiation du tableau d’avancement. Ils ont également voté avec l’administration contre les sanctions les plus légères (exclusion temporaire de fonction de trois jours, blâme, avertissement). Faute de majorité sur les sanctions proposées, la commission a finalement été invitée à voter sur l’absence de sanction : tous ses membres ont voté contre à l’unanimité.

Ainsi, les représentants du personnel, élus du syndicat académique SIAES et du syndicat majoritaire SNES-FSU, ont approuvé le fait que René Chiche soit sanctionné en raison de propos tenus sur Twitter portés à leur connaissance par des captures d’écran anonymes.

 C’est un fait. Et c’est aussi honteux. On comprend mieux dès lors le silence assourdissant du SNES-FSU, sans parler des autres organisations syndicales, face à une atteinte pourtant manifeste à la liberté d’expression qu’elles devraient en principe condamner unanimement, seuls Action & Démocratie/CFE-CGC et FO ayant soutenu publiquement les deux professeurs de philosophie.

Au conseil supérieur de l’éducation dont René Chiche est également membre, le SNES-FSU a toutefois cru bon de terminer sa déclaration préalable par les mots suivants :

« Pour finir, le SNES-FSU tenait à rappeler qu’il se tiendra toujours aux côtés des collègues inquiétés voire sanctionnés lorsque leur liberté de parole a pu déplaire. La liberté d’expression des fonctionnaires ne se discute pas, elle est inscrite depuis 1983 dans le statut général des fonctionnaires citoyens. Bien entendu, la liberté d’expression, ce n’est pas le droit d’injurier, de diffamer, de tenir des propos outranciers, complotistes, homophobes, sexistes ou antisémites, tous condamnés par la loi. Nos élu.es [sic] en CAPA se montrent systématiquement vigilant·es [sic] et scrupuleux pour que les droits et procédures réglementaires soient respectés quelle que soit la situation, y compris en cas de désaccord manifeste avec le collègue. » (Déclaration du SNES-FSU au conseil supérieur de l’éducation, 17 mai 2023)

Cette déclaration est odieuse et mensongère.

Elle est odieuse car, après que le ministre lui-même ait gratuitement qualifié les propos de René Chiche d’« injurieux, outranciers et complotistes » à la télévision, la déclaration du SNES-FSU en rajoute une couche en évoquant les propos « homophobes, sexistes ou antisémites » et en amalgamant les uns et les autres dans une catégorie englobante sans queue ni tête. Le SNES-FSU suggère par ce procédé malhonnête que les propos reprochés à René Chiche appartiennent à la catégorie des propos délictueux et que la sanction est méritée.

Cette déclaration est mensongère puisque les représentants du SNES-FSU n’ont pas du tout veillé au respect des droits et procédures réglementaires en réclamant des sanctions exemplaires contre un collègue avec lequel ils ont des désaccords manifestes et sur la base de documents d’origine et de nature plus que douteuses (des captures d’écrans anonymisées de tweets). Lors du conseil de discipline auquel nous assistions, l’un des représentants du SNES-FSU s’est d’ailleurs montré particulièrement agressif envers René Chiche, confondant sans vergogne son rôle de représentant des personnels et son rôle de responsable syndical d’une organisation concurrente à celle de René Chiche.

Reste que le SNES-FSU et le SIAES ont réclamé qu’un professeur soit sanctionné à cause de tweets qui leur déplaisent, et qu’ils ont permis, par leurs votes, que le dossier soit transmis au ministre pour décider une sanction plus lourde que toutes celles qui avaient été proposées lors de la commission.

Le SNES-FSU et le SIAES ont pris leur responsabilité. Action & Démocratie prend les siennes à son tour en informant la profession des agissements de ceux qui prétendent les représenter dans les instances. Nous n’avons clairement pas la même conception du syndicalisme et de la défense des personnels que ces gens, et nous en sommes fiers !

Le Bureau académique Action & Démocratie Aix-Marseille